13 – 17 mai 2010
Intervention de Michel VOISIN sur l’Afghanistan
Monsieur le Président, Mes chers Collègues,
J’ai déjà eu l’occasion d’intervenir à Vienne lors de notre débat spécial sur l’Afghanistan et de vous faire partager mon analyse de la situation.
Depuis deux mois, la situation n’a guère évolué.
La situation politique reste confuse. Le gouvernement afghan n’est toujours pas entièrement formé, onze postes ministériels restant à pourvoir. Les prochaines élections législatives sont programmées en septembre et les difficultés rencontrées pour réformer la commission électorale des plaintes ne sont pas de bon augure quant à leur déroulement. Des modifications nécessaires des règles électorales devront être adoptées. M. Karzaï semble toujours résolu à négocier avec les Talibans, mais l’on ne sait pas clairement sous quelles conditions.
En ce qui concerne la situation militaire, la stratégie de contre insurrection et les offensives militaires se poursuivent et vont s’étendre à l’est et au nord du pays.
Je ne reviendrai pas sur les interrogations qui furent les miennes à Vienne mais souhaiterais plutôt, puisque notre réunion se déroule dans le cadre d’un forum trans-asiatique, revenir sur le conflit afghan au sein de l’Asie centrale.
Tout d’abord, je rappellerai la position stratégique indéniable de cette région à la fois sur un plan militaire et sur un plan politique.
Sur le plan militaire, elle permet à la coalition de disposer de bases arrières logistiques primordiales. La région, de plus, offre une alternative pour le transit du matériel afin d’éviter de passer par la passe de Khyber devenue dangereuse. C’est ainsi que la France, qui a installé son dispositif aérien à Douchanbe, au Tadjikistan, dispose du droit de survol en Ouzbékistan et a signé un accord avec le Kazakhstan pour le transit de matériel.
Sur le plan politique, les initiatives prises par plusieurs pays d’Asie centrale contribuent à faciliter le dialogue entre toutes les parties afghanes. Ainsi, l’Ouzbékistan a proposé une relance des négociations entre l’Europe, les Etats-Unis, la Russie, l’OTAN et les pays voisins.
Sur le plan humanitaire, le Turkménistan, qui affiche sa neutralité, octroie une aide civile importante à son voisin et participe à la réalisation d’infrastructures. Quant au Kazakhstan, notre hôte, il a annoncé un programme de formation d’étudiants afghans à hauteur de 50 millions de dollars.
Toutes ces initiatives confortent la nouvelle stratégie d’aide au développement et la montée en puissance de l’aide civile accordée par la coalition. Le règlement du conflit afghan est en effet devenu primordial pour tous ces voisins d’Asie centrale, dont plusieurs partagent des frontières communes avec l’Afghanistan. En effet, il contribue à déstabiliser ces pays déjà fragilisés par des problèmes économiques et des tensions interethniques.
En premier lieu, la présence de minorités tadjikes, ouzbeks et turkmènes en Afghanistan accentue le risque de contagion terroriste et l’émergence dans ces pays d’idées se réclamant de l’extrémisme islamique.
En second lieu, la porosité des frontières facilite les trafics en tout genre. L’opium afghan chemine vers l’Europe, la Russie et la Chine à travers l’Asie centrale. La route de la drogue a remplacé la route de la soie. Les chiffres sont alarmants, selon l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime 90 % de l’opium utilisé pour fabriquer l’héroïne provient d’Afghanistan.
La France est particulièrement attentive à cette question. Elle a organisé, en mai 2003, une conférence sur ce sujet et favorise la coopération en matière de sécurité par l’intermédiaire des ses attachés de police. Néanmoins une seule approche sécuritaire ne donnera pas de résultats, c’est pourquoi la coalition, dont la France, privilégie l’aide au développement des cultures vivrières.
La gestion des frontières,la formation des personnels, les programmes de lutte contre la drogue et la criminalité organisée sont autant d’activités dans lesquelles l’OSCE a prouvé son savoir faire.
C’est pourquoi il est légitime et pertinent que l’OSCE s’implique dans ce dossier et facilite la coopération entre ses Etats membres d’Asie centrale et l’Afghanistan, pays partenaire de l’organisation.
La décision du Conseil ministériel de Madrid de décembre 2007, de mettre en œuvre 16 projets pour l’Afghanistan, est une première étape. 14 sont d’ores et déjà budgétés.
Je citerai deux réalisations prometteuses : l’académie de Bichkek et l’ouverture de l’école des gardes frontières de Douchanbe. Je me félicite à ce titre de la nomination d’un français, le chef d’escadron Scolan au poste de directeur de cette école.
C’est également dans ce sens que la présidence kazakhe a choisi de faire figurer l’Afghanistan comme thème prioritaire de sa présidence de l’OSCE.
Saisissons cette opportunité afin que l’OSCE s’investisse davantage dans ce dossier et œuvre à la coopération régionale, composante clé de tout règlement du conflit afghan.
Intervention de Michel VOISIN sur le Kirghizstan
Monsieur le Président,
Mes chers Collègues,
En avril dernier, après deux jours d’émeutes meurtrières, le Gouvernement en place au Kirghizstan a été renversé.
Le Gouvernement intérimaire a envoyé des signaux encourageants en présentant un calendrier de réformes qui prévoit en juin, la révision de la Constitution attribuant des pouvoirs accrus au Parlement, et la tenue d’élections, en octobre. Malheureusement, l’actualité de ces dernières heures souligne la fragilité des équilibres politiques et régionaux. La stabilisation sera un travail de longue haleine.
La France et l’Union européenne sont prêtes à soutenir ce Gouvernement intérimaire si le rétablissement normal de l’administration et le retour à un Etat de droit se confirme. La France a d’ores et déjà dépêché une aide médicale d’urgence.
Ce pays, le plus pauvre d’Asie centrale, a plus que jamais besoin de l’aide de l’Union européenne, que ce soit sur un plan financier ou politique.
Sur un plan financier, l’Union européenne a déjà prévu de consacrer 51 millions d’euros d’assistance bilatérale sur la période 2011-2013 afin de réformer l’enseignement et le système judiciaire.
A ce titre, je tiens à souligner et à me féliciter de l’excellente coopération entre l’Union européenne, l’OSCE et les Nations Unies.
L’expertise de l’OSCE notamment en matière électorale, dans le domaine des droits de l’homme et de la primauté de l’Etat de droit sera déterminante.
C’est dans ce sens que le Conseil permanent a autorisé le déblocage de 200 000 euros prélevé sur le fonds d’urgence afin de renforcer les capacités du centre de l’OSCE à Bichkek dans son assistance au rétablissement de l’état de droit.
Notre Assemblée a mené de nombreuses missions d’observation électorale auxquelles j’ai moi-même participé.
Enfin, la présidence kazakhstanaise de l’OSCE a réagi rapidement en dépêchant un envoyé spécial, M. KARIBJANOV, dont je tiens à souligner l’engagement personnel très fort pour sortir de la difficile situation où se trouve son voisin.
Je me félicite également du rôle joué par notre Assemblée, en la personne de M. AKHIMETOV.
Je comprends les préoccupations de sécurité qui sont celles des autorités kazakhstanaises. En même temps, un assouplissement du régime de franchissement de la frontière entre les deux pays favoriserait le rétablissement économique et la stabilisation du Kirghizstan.
Je sais pouvoir compter sur le sens élevé des responsabilités de la présidence.
AP-OSCE - Forum Transasiatique à ALMATY