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[Actualités]
Michel VOISIN, Représentant Spécial Assemblée Parlementaire OSCE pour l'Afghanistan




Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs, mes chers collègues, Je remercie la Présidence d'avoir organisé ce débat qui intervient à un moment crucial de l'intervention internationale en Afghanistan. La conférence de Londres du 28 janvier dernier a pris acte de l'impasse militaire en Afghanistan et s'est efforcée, dans la continuité des récentes décisions du Président Obama, d'accompagner la nouvelle stratégie annoncée. Force est de constater aujourd'hui que l'opinion publique occidentale est de plus en plus hostile à cette intervention et si ce qui a été décidé pour redresser la situation échoue, je crains fort que l'on assiste soit à un repli qui ressemblerait beaucoup à une débandade, soit au maintien d'une présence croupion dans des camps retranchés, avec dans les deux hypothèses, la reprise de conflits ethniques et communautaires à grande échelle, la réapparition de bases terroristes, et la déstabilisation de l'Asie centrale. Le bilan que l'on peut faire de l'évolution de la situation depuis 2001 n'est guère convaincant, et le général MacChristal lui-même a évoqué, et tout spécialement dans son rapport au ministre Robert Gates du 30 août 2009, les nombreuses erreurs politiques et stratégiques commises depuis le début de cette intervention. Jusqu'à aujourd'hui, les forces de la coalition n'ont pas su apporter la sécurité et le développement en Afghanistan. Qui plus est, elles sont trop souvent perçues comme le soutien d'un système abusif et prédateur. Il existe une crise de confiance chez les Afghans tant à l'égard de leur propre gouvernement que de la communauté internationale, crise de confiance que les conditions de la récente élection présidentielle d'août 2009 n'a pas permis –du moins jusqu'à maintenant- de surmonter. Aujourd'hui, la communauté internationale a validé la stratégie de « contre-insurrection » défendue par les généraux Petraeus et MacChristal, sous l'inspiration notamment, permettez-moi de le souligner, de stratèges français comme David Galula souvent cité par le général Petraeus. Selon cette stratégie, la priorité première doit être de protéger la population afghane contre les exactions et les intimidations des insurgés, de satisfaire ses besoins en terme de gouvernance et de développement afin de la rallier aux autorités légales et de diminuer l'influence des insurgés. Le renforcement des effectifs promis devraient permettre à la coalition de se concentrer sur les grandes villes (Kaboul, Kandahar, Herat, Mazar-e-Charif, Jalalabad ...) et les zones les plus peuplées comme le Helmand. La seconde priorité affichée est l'augmentation et l'amélioration de la formation des forces nationales de sécurité afghanes (armée et police) afin de stabiliser et d'étendre les zones de sécurité et de préparer le désengagement des forces internationales. Selon le témoignage du chef d'état major des armées françaises, le général Georgelin, et l'officier commandant les OMLT et les PMOLT, cette formation commence à porter ses fruits. C'est dans ce cadre global qu'il faut replacer les principales propositions du président Hamid Karzaï lors de la conférence de Londres : d'une part le transfert aux Afghans de la sécurité des zones instables d'ici trois ans, et de la sécurité totale du pays d'ici cinq ans ; et d'autre part la proposition de réconciliation avec les talibans modérés. De son côté, la communauté internationale a promis d'importantes aides financières afin d'aider à la réalisation de ces objectifs. La stratégie proposée présente une cohérence certaine sur le papier mais je ne vous cacherais pas que je suis loin de partager l'optimisme de rigueur affiché à l'issue de la conférence de Londres. Je voudrais pour lancer ce débat exprimer quelques interrogations sur la mise en oeuvre et le caractère réaliste de cette stratégie. L'opération Moshtarak déclenchée ces jours derniers dans le Helmand illustre la volonté de la coalition internationale de reprendre l'initiative sur l'insurrection, en coopération avec le gouvernement afghan qui a été associé à son déclenchement. Elle illustre aussi les difficultés de cette nouvelle stratégie de sécurisation de la population puisqu'elle a malheureusement causé la mort de douze civils. En vérité, la clef du succès de la stratégie de contre-insurrection tient beaucoup en la capacité de faire monter en puissance les forces nationales de sécurité car, en raison de la géographie du pays et de leur imbrication dans la population, le maillage et le quadrillage du terrain ne pourra être efficace et accepté que s'il est mené par une armée nationale sur son propre territoire et non par une armée occidentale toujours soupçonnée d'être guidée par ses propres intérêts stratégiques. Deux chiffres permettent de mesurer l'ampleur des efforts à accomplir. On estime habituellement à 400 000 le nombre d'hommes nécessaires pour assurer la sécurité de l'essentiel du pays alors même qu'aujourd'hui l'effectif de l'armée et de la police afghane n'atteint pas 180 000 hommes. Le constat est encore plus préoccupant lorsque l'on considère le niveau d'équipement et de formation de ces forces de sécurité. La récente augmentation de la solde du soldat de base (de 180 à 240 dollars US) va toutefois dans le bon sens car elle devient plus compétitive par rapport aux salaires versés par les groupes insurgés (de 250 à 300 dollars US). Une autre question concerne l'amélioration de la gouvernance et de l'état de droit. L'histoire nous enseigne qu'une des façons les plus simples de perdre une guerre extérieure est de soutenir une administration illégitime ou corrompue. Je ne fais pas d'illusion excessive : l'Afghanistan est le quatrième pays le plus pauvre du monde et la corruption est en partie inévitable. Il n'en demeure pas moins crucial de corriger les excès individuels les plus importants et de mettre en place au niveau central comme au niveau local des ministres, des gouverneurs, des chefs de police et des juges raisonnablement compétents. La responsabilité en la matière n'est pas seulement afghane mais a trait également au fonctionnement des instruments d'intervention des Etats et des organisations internationales. Là encore le chemin à parcourir peut être mesuré par la description que faisait en novembre dernier à l'Assemblée nationale française, Mme Sarah Chayes, la conseillère du commandement en chef de la force de l'OTAN, pour qui l'Afghanistan était aujourd'hui dominé par des structures criminelles prélevant à leur profit droits de douane et taxes et bradant, moyennant pots de vins, des concessions pour l'exploitation des ressources naturelles. M. Hamid Karzaï en a conscience, qui a annoncé des mesures afin de lutter contre la corruption. Il faut le soutenir dans cette volonté. L'efficacité de cette politique sera un des éléments déterminants de la réussite. Par ailleurs, seule la lutte contre la pauvreté pourra enrayer la culture du pavot et le trafic de stupéfiants. La politique de la main tendue aux talibans suscite également de nombreuses interrogations. D'une part, certaines inquiétudes s'expriment déjà de la part d'associations défendant les droits de l'Homme et plus spécifiquement de celles défendant les femmes. D'autre part, les communautés autres que les Pachtounes, comme les Tadjiks et les Hazaras ont déjà averti qu'ils refuseraient d'être relégués à un rôle subalterne. Enfin, les talibans eux-mêmes n'ont jusqu'à présent pas manifester leur intention de participer au gouvernement de Hamid Karzaï. Le Mollah Omar met en préalable à tout dialogue le départ des forces étrangères et l'abolition de l'actuelle constitution. Et encore celui-ci ne représente-t-il pas la totalité des talibans qui constituent un ensemble très hétérogène, sans leader unique. Il faudra donc que chacun y trouve son compte, ce qui laisse imaginer une démarche longue et délicate. Enfin la dernière interrogation, et non la moindre, concerne le rôle joué par les pays voisins, au premier rang duquel le Pakistan. La tentation est forte pour les militaires pakistanais de maintenir deux fers au feu : s'ils se battent contre leurs propres talibans, des ambiguïtés subsistent sur leur engagement à lutter sérieusement contre les talibans afghans afin de ne pas insulter l'avenir et éviter un jour une alliance à revers entre l'Afghanistan et l'Inde. L'engagement des autorités pakistanaises contre le terrorisme, sans exclusive aucune, doit être recherché de manière prioritaire par la communauté internationale qui doit également contribuer à apaiser l'antagonisme entre l'Inde et le Pakistan. Il serait souhaitable également que la Chine, alliée traditionnelle du Pakistan, et l'Iran soient associés à la recherche de la solution afghane. Au total, la voie est étroite et semée d'embûches ; elle suppose également une coordination accrue entre les divers intervenants, ce qui n'est pas aujourd'hui le point fort de la coalition. Il est encore trop tôt pour parler sérieusement d'un calendrier de retrait et la date de juillet 2011 avancée par le Président Obama me semble peu réaliste. Cette annonce m'apparaît être d'abord destinée à l'opinion américaine et à faire pression sur les Afghans et les Pakistanais pour les inciter à être plus coopératifs. Mais les enjeux sont considérables puisque toute défaite aurait un retentissement important sur les relations entre les islamistes radicaux et le reste du monde musulman. Régulièrement des militaires tombent sous les balles ou les engins explosifs improvisés des insurgés, victimes de leur engagement pour la défense de nos libertés et de leur fidélité à leur idéal. Je voudrais leur rendre, en votre nom, un hommage appuyé.






 
 
Michel VOISIN
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